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« Malheur à qui n'a plus rien à désirer! il perd pour ainsi
dire tout ce qu'il possède. On jouit moins de ce qu'on obtient que
de ce qu'on espère, et l'on n'est heureux qu'avant d'être heureux.
En effet, l'homme avide et borné, fait pour tout vouloir et peu
obtenir, a reçu du ciel une force consolante qui rapproche de lui
tout ce qu'il désire, qui le soumet à son imagination, qui le lui
rend présent et sensible, qui le lui livre en quelque sorte, et pour
lui rendre cette imaginaire propriété plus douce, le modifie au gré
de sa passion. Mais tout ce prestige disparaît devant l'objet même;
rien n'embellit plus cet objet aux yeux du possesseur; on ne se
figure point ce qu'on voit; l'imagination ne pare plus rien de ce
qu'on possède, l'illusion cesse où commence la jouissance. Le pays
des chimères est en ce monde le seul digne d'être habité et tel est
le néant des choses humaines, qu'hors l'Etre existant par lui-même,
il n'y a rien de beau que ce qui n'est pas.
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